Le Falun Gong, secte ou pas ?

Le régime communiste chinois affirme que Falun Gong est une secte.

On pourrait dire que cela n’a aucune importance et que, Falun Gong fut-il une « secte », rien ne justifie les tortures et les assassinats de ses membres. Cependant, ce qualificatif est la clé de voûte de la répression par Pékin. Il a justifié les campagnes d’arrestations massives. Il est mobilisé pour empêcher toute condamnation internationale. Le Falun Gong est d’après le régime chinois « anti science, anti société, opposé aux valeurs du communisme ».

Un point factuel s’impose donc. Les éléments sont les suivants.

L’émergence du qualificatif « secte » dans l’argumentaire chinois

La condamnation du Falun Gong est survenue dans la foulée d’une campagne nationale contre la « superstition ». Elle a débuté mi-1998. Certaines pratiques très populaires comme le fengshui y furent dénoncées de façon répétée,.

En juillet 1999, lors de l’interdiction du mouvement, l’argumentaire officiel s’est résumé en une phrase : « Il a comploté et organisé des réunions et des manifestations et entrepris d’autres activités, troublant l’ordre public, sans avoir demandé les autorisations qui sont exigées par la loi ».

C’est seulement quelques semaines après, face aux nombreuse manifestations du Falun Gong sur la place Tian an Men de Pékin que le pouvoir a requalifié la lutte contre le mouvement en une « solennelle bataille de politiques et de pensée ». « Dénoncer et attaquer Li Hongzhi et son Falun Dafa, constitue une lutte politique des plus sérieuses » explique une circulaire du parti communiste de fin 1999.

Lors de sa session d’automne 1999, l’Assemblée nationale populaire (le parlement chinois) a donc discuté de l’opportunité de promulguer une loi « anti-secte. » A ce propos, un député a défini le Falungong comme « un défi sans précédent dans l’histoire du communisme » tandis qu’un autre rappelait : « En réalité, les principes de vérité, de bienveillance et de tolérance prêchés par Li Hongzhi n’ont rien de commun avec l’éthique socialiste. »

C’est donc rétro-activement, fin octobre 1999, que le régime chinois qualifie officiellement le Falun Gong de « secte ». Le discours se structure alors essentiellement autour d’accusations de refus de la médecine et de déclenchement de pathologies psychiatriques.

La position des autorités françaises

L’Assemblée Nationale a, dès 1995, établi une liste des mouvements présentant des risques de dérives sectaires, liste mise à jour en 1999 sur la base d’informations par les services des renseignements généraux. Cette liste contient une cinquantaine de mouvements dont la scientologie et les témoins de Jéhovah, mais aussi des écoles de yoga, le mouvement Rose-Croix, quelques écoles « New age » et plus d’une dizaine d’églises chrétiennes. Le Falun Gong, déjà bien connu en France à cette époque, est absent de cette liste.

Plus récemment, en avril 2019, Anne Josso, secrétaire générale de la Miviludes rappelle dans une interview au Figaro : 

« Il n’a été porté à la connaissance de la Miviludes aucun signalement ou témoignage permettant de mettre en évidence des dérives de nature sectaire au sein du mouvement Falun Gong en France. La mission ministérielle a reçu quelques demandes d’information (2 en 2015 et 3 en 2014) de personnes qui s’étonnaient que le mouvement ait pu être classé comme secte. » 

Anne Josso, secrétaire générale de la Miviludes – Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires

Les caractéristiques des « sectes » comparées au corpus théorique et à l’organisation du Falun Gong

Les critères qui suivent sont issus du site info-sectes.org.

1. « L’autorité réside en une personne ou en une organisation au pouvoir absolu. »

L’existence d’un « maître » du Falun Gong peut ouvrir la question d’un possible gourou manipulateur. Le mot utilisé en chinois, laoshi ou shifu, est plutôt synonymes « d’enseignant ». Cette importance de l’enseignant se retrouve dans toutes les disciplines asiatiques, de la musique à la calligraphie en passant par les arts martiaux. Les formes traditionnelles de respect (observables dans tout cours de karaté ou d’aikido) incluent généralement de s’incliner devant le portrait du « maître. » Cette forme est cependant exclue dans le Falun Gong, à la demande de son fondateur.

« Les temps ont changé, nous ne pratiquons plus les rituels de prosternation et de salutation. Ce genre de formalité ne sert pas à grand-chose; si on le faisait, cela serait comme dans une religion, donc nous ne le faisons pas. »

Zhuan Falun

La question est peut-être plus celle de l’organisation d’un culte de la personnalité qui amènerait à diviniser l’enseignant. Là encore, les textes d’enseignement du Falun Gong contredisent à de nombreux endroits cette affirmation.

« Notre époque actuelle est différente de la société féodale chinoise, faut-il seulement se mettre à genoux et frapper le sol du front pour devenir mon disciple ? Nous ne pratiquons pas ces formalités.[…] Une véritable pratique de gong exige de cultiver entièrement par soi-même, vous aurez beau implorer, cela ne sert à rien. »

Zhuan Falun

Catherine Wessinger est historienne des religions à la Loyola University de la Nouvelle- Orléans. Elle a animé plusieurs groupes de recherche académiques sur le Falun Gong. Elle considère ainsi que Li Hongzhi n’est pas un leader totalitaire.

« Li [Hongzhi] est une importante figure centrale, mais pas un leader totalitaire. Le mouvement n’a pas une structure hiérarchique forte, et ses adhérents agissent pacifiquement et indépendamment. Ils ont généralement un travail et une famille et ne s’isolent pas de la société. »

Catherine Wessinger

2. « La fréquentation de la secte amène à s’isoler de ses amis, de ses voisins, de sa famille ; les liens naturels se distendent puis se coupent. »

Ce point est à l’opposé de la doctrine du Falun Gong. Le chemin de pratique s’y réalise nécessairement au plus proche de la société, avec sa famille et ses amis.

« Notre méthode exige beaucoup de la qualité de votre cœur, elle le met à l’épreuve dans la société et dans les conditions les plus compliquées. Par là vous progresserez et vous vous sublimerez »

Falun Gong – La grande voie de l’accomplissement

« C’est dans la société que le pratiquant effectue sa pratique, il vit dans la foule et doit être soumis à l’état de la société humaine » Falun Gong

David Ownby est chercheur à l’Université de Montréal et spécialiste des religions. Il confirme ce point dans un article du Monde en mai 2019 :

« Un groupe est dangereux s’il prend ton argent, s’il demande que tu coupes tes liens avec ta famille ou avec tes proches, ou parfois s’il t’isole dans une commune ou dans un lieu spécifique. Le Falun Gong ne fait pas ça. »

David Ownby

3. « L’adepte, souvent coupé de ses repères, devient psychologiquement fragile. Il perd son esprit critique et devient perméable à l’enseignement dispensé. »

Le critère objectif d’une déstabilisation est ici difficilement définissable. Il pourrait prendre comme base la dépendance de « l’adepte » à un secours extérieur apporté par la communauté de croyance. Il se retrouverait ainsi privé de ses propres capacités d’analyse. Pourtant, un point central de l’enseignement de Falun Gong est le fait que le pratiquant doit « chercher à l’intérieur ». Personne d’autre que lui-même ne peut savoir quel chemin il doit prendre. La force de l’esprit critique est donc essentielle pour réussir à progresser. Ainsi, chaque personne comprend et applique différemment l’enseignement du Falun Gong. Chacun l’aborde avec son propre angle de vue.

Ian Johnson est journaliste au New-York Times, prix Pullitzer pour ses enquêtes en Chine sur le Falun Gong. Il confirme :

« Ses membres se marient en dehors du mouvement, ont des amis en dehors, occupent des emplois normaux, ne vivent pas isolés de la société, ne croient pas que la fin du monde est imminente et ne donnent pas des sommes importantes à l’organisation… Il ne prône pas la violence et est au cœur d’une discipline apolitique, tournée vers l’intérieur, visant à se nettoyer spirituellement et à améliorer la santé. »

Ian Johnson

4. « Exigences financières : convenables au début, elles ne cessent de croître, jusqu’à l’inacceptable. »

La gratuité totale est une pierre angulaire de la pratique de Falun Gong. Ce qui explique l’absence de locaux ou autres types de structures. Les demandes financières sont un des rares interdits formels des enseignements du Falun Gong.

« Quand vous transmettez la méthode, ce n’est pas pour rechercher célébrité et profit, c’est pour rendre aux autres un service bénévole. Nos élèves aux quatre coins du pays agissent tous de cette manière, les assistants de toutes les régions, eux aussi, montrent tous le même exemple. Si vous voulez apprendre notre méthode, du moment que vous voulez l’apprendre, venez et apprenez-la, nous pouvons prendre la responsabilité envers vous sans vous demander un sou. »

Zhuan Falun

5. « Dans la secte les contraintes sont énormes. Elles sont souvent liées à la pression psychologique du groupe. Il est autant difficile de sortir d’une secte qu’il est facile d’y entrer. »

Ce critère se traduirait à peu près nécessairement par la parole d’anciens «adeptes » finalement libérés de l’emprise, ou de leurs proches faisant valoir devant la justice l’atteinte à la liberté. Or, les associations de prévention des dérives sectaires tout comme la justice n’ont, depuis plus de 25 ans, observé aucun cas de ce genre. Des dizaines de personnes commencent chaque jour à pratiquer Falun Gong. Et des dizaines de personnes arrêtent également, tout comme d’autres essaient le yoga, le taiji, le tir à l’arc…

L’illustration d’en-tête est l’œuvre de Damien Glez.